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Une visite matinale | LIBRE

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Lesley Cartwright votre bibliothécaire préférée
Aventures : 77
Localisation : Bibliothèque du Campus universitaire.
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Sam 14 Juil - 1:44
Dans l’ambiance feutrée de la bibliothèque on n’entendait pas une mouche voler. Certes la musique qui s’échappait des écouteurs de la jeune femme rousse assise derrière un bureau qui dodelinait de la tête en rythme et le murmure glougloutant d’une bouilloire troublait quelque peu l’ambiance sérieuse d’études et de discipline dont se targuait d’ordinaire l’endroit mais hormis cela les deux salles reculées et leurs boiseries sombres restaient plongées dans un silence de cathédrale. La faute en était à l’heure matinale et à ce début de semaine. Lesley le savait car la chose était réglée comme du papier à musique. Le lundi était toujours une journée particulièrement morne que seule la toute fin d’après-midi empêchait de tomber dans une monotonie proprement déprimante. Parfois seule en ces lieux, elle avait l’impression d’être gardienne de morgues plutôt que bibliothécaire au service de la ville de Dunwich. Il fallait dire que la joie naturelle qu’exsudaient ses collègues n’aidait pas la jeune femme à s’ôter cette image de la tête. Certains étaient, de toute évidence, suffisamment âgés pour avoir connu la période du Jurassique et ils agissaient en conséquence. Sanglés dans leurs préjugés déplorables, ils erraient comme des âmes en peine veillant à faire taire le moindre signe de vie qui avait le malheur de naître dans leurs sections, évitant comme la peste celle sur laquelle elle-même avait étendu son emprise. Elle ne les croisait que rarement. Le matin lorsqu’elle arrivait ou lors de réunions de travail auxquelles elle était bien obligée de participer. Elle y subissait leur aigreur et leurs remontrances avec un stoïcisme qui les laissaient généralement pantois. Leurs relations étaient à peine cordiales, certains n’ayant pas hésité à proclamer tout haut que si on leur avait laissé les rênes de la gestion du personnel, la jeune Lesley Cartwright se serait retrouvée à pointer au chômage avant d’avoir eu le temps de dire ISBN. Pour autant, ces gens-là l’amusaient. La réjouissaient même. Les voir traîner leurs maigres carcasses à travers ce royaume de papiers et de rayonnages avait quelque chose de fascinant. Comme si la jeune femme avait été projetée des éons en arrière pour observer la vie des derniers spécimens de dinosaures. Il fallait dire que ses collègues avec leur peau parcheminée de reptiles et leurs grognements peu aimables qui semblaient sortir de la gorge d’une créature en maraude entretenaient une illusion d’une analogie confondante. Ils ignoraient bien sûr qu’elle nourrissait ses réflexions aussi continuaient-ils leur manège avec une régularité d’horloge.

Le bruit de l’interrupteur de la bouilloire arracha soudain Lesley à ses pensées. Du thé. On avait toujours de la place pour un thé. Et avec un bon livre, c’était encore mieux. Ouvrant un tiroir dont elle conservait en permanence la clé sur elle pour éviter qu’on lui déroba sa pitance, la bibliothécaire en tira un livre et une boîte en métal qui contenait toujours quantité de petits gâteaux dont elle avait toujours été très prodigue envers ses visiteurs. Le lundi néanmoins ils lui étaient en général réservés faute d’un lecteur avec qui les partager. Il était temps de prendre un nouveau petit déjeuner. Etant donné l’absence de tout observateur extérieur, Lee pouvait prendre ses aises. Les pieds sur le bureau, une tasse pleine d’un thé fumant à portée de main, un biscuit dans une main et un épais volume dans l’autre, elle entreprit de savourer l’avantage que lui offraient les débuts de semaine. L’assurance de commencer son travail dans une paix royale. Personne ne songeait à venir la déranger et comme elle ne travaillait pas aux guichets, elle n’avait pas de travail de classement à faire. Parfois, néanmoins, elle profitait du calme pour chercher de nouvelles publications pour enrichir la collection sur laquelle elle veillait mais d’ordinaire, son travail à elle n’était jamais bien fatiguant. C’était hélas une autre des raisons pour laquelle ses détracteurs la blâmaient. Elle avait beau se démener pour organiser un semblant de vie culturelle dans ce secteur où les gens ne mettaient guère les pieds, puisqu’elle ne sacrifiait pas au grand Dieu administration, elle était systématiquement considérée comme une profiteuse, lorsqu’on ne la taxait pas purement et simplement d’hérésie.

Pour autant il aurait été erroné de penser que Lesley Cartwright passait tout son temps à boire du thé les pieds sur le bureau. Les archives dont elle avait la charge constituaient à elles seules plus de la moitié de son travail. Il fallait les classer, les entretenir, gérer l’afflux constat de nouveaux dossiers et surtout s’assurer de tenir les rongeurs à l’écart de ses pages qui constituaient visiblement des nids parfaits pour les familles de souris qui persistaient à hanter le bâtiment malgré les pièges et les interventions constantes des dératiseurs. La jeune femme avait bien proposé qu’on prit un chat pour juguler leur population mais la suggestion avait déclenché une levée de boucliers de la part des hygiénistes qui avaient argué que la présence d’un félin ne ferait qu’à ajouter à la pagaille que provoquaient immanquablement les animaux. Elle se livrait donc seule ou presque à une bataille perdue d’avance contre le temps, l’usure et une armée de rongeurs déterminés pour la préservation des vénérables archives dans lesquelles elle aimait parfois se plonger pour parfaire encore la liste des évènements mystérieux survenus à Dunwich depuis sa création.

Elle s’était abîmée plus que profondément dans son livre lorsqu’un bruit de pas tout ce qu’il y avait de plus inhabituel retentit au bout du couloir la tirant, en sursaut, de l’univers confortable où elle flottait depuis un moment. En quelques secondes la jeune femme passa en revue l’identité des visiteurs potentiels pour finalement décider qu’il ne s’agissait probablement pas d’un de ses lecteurs habituels. Faisant disparaître en catastrophe livre et biscuits, Lesley projeta les miettes par terre d’un revers expert de la main puis se prépara à accueillir le nouveau venu qui qu’il fut. Plaquant une expression aimable, pour ne pas dire chaleureuse ou franchement joviale sur son visage, la jeune femme s’assit convenablement sur son siège et prit l’air attentif de la personne qui ne manque jamais au moindre de ses devoirs. Elle savait que considérant l’heure et la date, la personne qui s’avançait vers elle ne pouvait probablement venir que pour consulter les fameuses archives dont elle avait la garde…



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